Jean-Jacques Rousseau

 

Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes



(1755)

 

[...] Concepisco nella specie umana due tipi di disuguaglianza: l'una, che chiamo naturale o fisica, poiché è stabilita dalla natura, e che consiste nella differenza d'età, di salute, delle forze del corpo e delle qualità dell'intelligenza o dell'anima; l'altra, che si può chiamare disuguaglianza moraleo politica, poiché dipende da un tipo di convenzione, e che è stabilita, o almeno autorizzata, dal consenso degli uomini. Questa consiste nei differenti privilegi di cui alcuni godono a scapito degli altri, come l'essere più ricchi, più onorati, più potenti di loro, o pure di farsi obbedire.

Non si può domandare quale sia la fonte della disuguaglianza naturale, perché la risposta si troverà enunciata nella semplice definizione della parola. Ancor meno si può cercare se non ci sia un qualche legame essenziale tra le due disuguaglianze, perché sarebbe come domandare, in altri termini, se coloro che comandano valgano necessariamente più di coloro che obbediscono, e se la forza del corpo o dell'intelligenza, la saggezza o la virtù si trovino sempre negli stessi individui proporzionate alla potenza o alla ricchezza […].

Di che cosa si tratta allora precisamente in questo Discorso? Di indicare nel progresso delle cose il momento in cui, il diritto subentrando alla violenza, la natura fu sottomessa alla legge; di spiegare per quale concatenarsi di prodigi il forte si è risolto a servire il debole, e il popolo a comperarsi un riposo ideale al prezzo di una felicità reale. […]

 

(trad. it. di Gabriele Zuppa)

 

Je conçois dans l’espèce humaine deux sortes d’inégalité ; l’une, que j’appelle naturelle ou physique, parce qu’elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence d’âges, de la santé, des forces du corps et des qualités de l’esprit, ou de l’âme ; l’autre, qu’on peut appeler inégalité morale ou politique, parce qu’elle dépend d’une sorte de convention, et qu’elle est établie, ou du moins autorisée par le consentement des hommes. Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent, au préjudice des autres ; comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants qu’eux, ou même de s’en faire obéir.

On ne peut pas demander quelle est la source de l’inégalité naturelle, parce que la réponse se trouverait énoncée dans la simple définition du mot. On peut encore moins chercher s’il n’y aurait point quelque liaison essentielle entre les deux inégalités ; car ce serait demander, en d’autres termes, si ceux qui commandent valent nécessairement mieux que ceux qui obéissent, et si la force du corps ou de l’esprit, la sagesse ou la vertu, se trouvent toujours dans les mêmes individus, en proportion de la puissance, ou de la richesse [...].

De quoi s’agit-il donc précisément dans ce Discours ? De marquer dans le progrès des choses le moment où, le droit succédant à la violence, la nature fut soumise à la loi ; d’expliquer par quel enchaînement de prodiges le fort put se résoudre à servir le faible, et le peuple à acheter un repos en idée, au prix d’une félicité réelle. […]